Archidiocèse de Conakry — Église catholique en Guinée
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Est. 1877
Archidiocèse de Conakry
Église Catholique · Guinée
Depuis 1875

Histoire de l'Église
catholique en Guinée

De la lettre de Jean-Jacques Katty (1875) à l'Archidiocèse métropolitain d'aujourd'hui — 150 ans de présence catholique au service du peuple guinéen.

1875Lettre fondatrice
1877Mission Saint-Joseph
10Titulaires du siège
37Paroisses
Avant la lettre · 1858–1875 · Le contexte

Les fils Katty à Dakar

Comment les fils du Roi du Rio Pongo devinrent chrétiens — et pourquoi Jean-Jacques Katty pouvait écrire à l'évêque

L'École des otages de Dakar

S'inspirant de la pratique des empereurs romains, le lieutenant-gouverneur De Grammont ouvre au Sénégal ce qui sera appelé l'« École des otages » : tout chef sénégalais doit y envoyer un de ses fils ou neveu. Elle deviendra par la suite l'École des fils de chefs et formera un grand nombre de commandants de cercle et d'officiers d'administration coloniale.

C'est dans ce cadre que le général Faidherbe, lors d'un de ses voyages aux Rivières du Sud, emmène avec lui les trois fils de Coulon Katty, roi du Rio Pongo. Ils sont confiés aux Pères du Saint-Esprit à Dakar.

Instruits, baptisés et de retour au Rio Pongo

Les trois fils rentrent de Dakar instruits et baptisés par les Pères Spiritains. Ils reçoivent des noms chrétiens et portent désormais la foi catholique au cœur même du royaume du Rio Pongo.

Dates de baptême — Fils de Coulon Katty
Jean-Jacques Katty
Fils aîné · Futur roi du Rio Pongo
1858
Emmanuel Katty
Fils de Coulon Katty
1859
Benoît-Marie Katty
Fils de Coulon Katty
1862
Pourquoi cela éclaire tout

Quand Jean-Jacques Katty écrit à l'évêque le 17 février 1875, il n'est pas un inconnu. Baptisé en 1858 par les Pères Spiritains à Dakar, formé à l'École des fils de chefs, il connaît l'Église de l'intérieur. Sa lettre n'est pas celle d'un néophyte — c'est l'appel d'un catholique instruit, futur roi d'un territoire sans prêtre, qui supplie l'évêque de ne pas laisser sa communauté mourir dans le vide spirituel. « Nous ne sommes pas marabouts et nous ne sommes pas non plus chrétiens. »

Document historique fondateur · Thias, Rio Pongo, 17 février 1875

La Lettre de Jean-Jacques Katty

La lettre qui a tout déclenché — l'appel fondateur de l'Église catholique en Guinée

En 1875, Jean-Jacques Katty, futur roi du Rio Pongo — royaume côtier dont Boffa fait partie — adresse cette lettre bouleversante à l'évêque, lui révélant l'état de sa communauté sans pasteur : ni marabouts, ni chrétiens, faute de missionnaires et d'église. Cet appel désespéré déterminera l'arrivée des Spiritains en Guinée deux ans plus tard, en 1877.

Thias, Rio Pongo, le 17 février 1875

Monseigneur et mon Père,

Nous avons l'honneur de vous écrire pour vous informer de notre état, car en ce moment nous ne sommes pas marabouts et nous ne sommes pas non plus chrétiens.

Pourquoi ? Parce que nous n'avons ni missionnaires, ni église.

Voilà la raison, Mon Révérend Père, qui m'a déterminé à vous écrire ces quelques lignes.

Depuis que notre bon Père Monseigneur Kobès est parti pour l'autre monde et que nous avons appris sa mort, nous sommes demeurés sans espérance d'avoir des missionnaires. Mais quand nous avons appris que le Bon Dieu nous accordait la grâce que vous fussiez nommé notre Père comme évêque, cela nous a fait un très grand plaisir.

En ce moment, Monseigneur, comme les peuples de Rio-Pongo veulent me donner la couronne de roi, je m'empresse de vous le faire savoir, afin que vous ayez la bonté de m'aider et afin que nous puissions avoir bientôt des Missionnaires catholiques ici chez nous au Rio Pongo, car toutes les nations m'ont prié de vous en demander.

Il y a longtemps d'ailleurs qu'il y a beaucoup de chrétiens ici. Et Anglicans et autres, tous veulent des missionnaires catholiques.

Adieu, mon cher Père, veuillez agréer le désir de votre cher fils

Jean Jacques Katty

Rio Pongo · Thiâ · 1875
Le contexte

Jean-Jacques Katty écrit à l'évêque alors que sa communauté du Rio Pongo est dans une situation spirituelle dramatique : ni dans l'islam, ni dans le christianisme. Il mentionne la mort de Mgr Kobès et saisit l'opportunité de sa future royauté pour formuler cet appel solennel au nom de tout son peuple.

La suite

Cet appel est entendu. Dès 1875, le Père Gommenginger effectue un voyage de prospection, puis le Père Muller commence les travaux. Le 17 juin 1877, la Mission Saint-Joseph de Boffa est officiellement fondée. Jean-Jacques Katty en sera l'un des signataires du traité de 1878.

1875 — 1877 · La fondation de la Mission Saint-Joseph de Boffa

De la lettre à la fondation

Deux ans d'efforts, de fièvre, de tornades et d'obstination — pour une chapelle dédiée à Saint Joseph

1875
Voyage de prospection

La lettre de Jean-Jacques Katty est accueillie favorablement. Le Supérieur général envoie le Père Charles Gommenginger, missionnaire en Sierra Leone, effectuer un voyage de prospection au Rio Pongo. Après son séjour, il dresse un long rapport détaillé à son supérieur.

8 septembre 1875
Décision officielle

Le rapport de Gommenginger est suivi à la lettre. Le 8 septembre 1875, le Supérieur général autorise officiellement la création d'une station à Boffa, sur les rives du Rio Pongo.

✝ Décision du 08.09.1875 — Acte fondateur
Décembre 1875
Premier voyage du Père Muller

C'est le Père Muller, missionnaire en Sierra Leone, qui est chargé de réaliser le projet. Son premier voyage à Boffa a lieu en décembre 1875. Sa mission : trouver le terrain et prévoir les matériaux. Avec l'aide des frères Katty, le terrain est trouvé. Les travaux démarrent.

1876 — Les épreuves
Fièvre · Tornade · Pillage

Le Père Muller est frappé par la fièvre. Il doit rentrer se reposer en Sierra Leone. À son retour, une violente tornade a tout balayé. Les voleurs se sont servis de ce qui avait subsisté. Il continue malgré tout.

« Fièvre, tornade, pillage — rien n'arrête la marche de l'Évangile vers le Rio Pongo. »
Dimanche 17 juin 1877
✝ Fondation officielle

Le dimanche 17 juin 1877, le Père Gommenginger bénit solennellement la chapelle et la dédie, ainsi que la communauté et la mission elle-même, à Saint Joseph. Naît ainsi la Mission Saint-Joseph de Boffa — berceau de toute l'Église catholique en Guinée.

Fondateur
Père Charles Gommenginger, C.S.Sp.
Bâtisseur
Père Muller, miss. apost. — Sierra Leone
Alliés locaux
Les frères Katty — Rio Pongo
Document officiel · Boffa, 18 février 1878

Traité conclu avec le Roi du Rio Pongo

L'acte de reconnaissance du don du terrain à l'Église catholique

Un an après l'arrivée des premiers Spiritains à Boffa, le R. P. Charles Gommenginger, Vice-Préfet Apostolique, signe avec le roi John Katty, souverain du Rio Pongo, un traité en douze articles. Ce document officialise le don du terrain concédé à perpétuité à la Mission catholique de Saint-Joseph de Boffa — acte qui ancre durablement l'Église dans le sol guinéen.

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Traité conclu avec le Roi du Rio Pongo
18 février 1878

Le traité comporte douze articles. Les articles IV et V en constituent le cœur : le don du terrain et sa délimitation précise au bord du fleuve Rio Pongo.

Article IV — Le don du terrain

Pour faciliter, dès à présent, aux missionnaires catholiques l'accomplissement de leur sainte vocation parmi les populations du Rio Pongo, le roi de Thiâ, John Katty, d'accord avec les autres chefs du pays cède à perpétuité au R.P. Supérieur de la Mission Catholique de Saint Joseph du Rio Pongo, à Boffa, et à tous ses successeurs, un terrain pour l'établissement et l'extension des œuvres de la dite Mission.

Article V — Délimitation du terrain

Ce terrain est situé à l'Ouest du village de Boffa, et est borné, au Sud par le fleuve Rio Pongo, à l'Ouest par le marigot qui s'étend du fleuve au premier ravin, au Nord par le fond du ravin qui s'étend de l'Ouest à l'Est, à l'Est par une ligne de plantation d'arbres qui s'étend du Nord au Sud du fond du ravin jusqu'au bord du fleuve, à cinquante mètres environ du village.

Fait au poste français de Boffa, le 18 février 1878.

Côté missionnaire
  • Ch. Gommenginger, S.S. J.C.M.
  • Ild. Muller, Supérieur de St Joseph de Boffa
  • J.B. Huber, miss. apost.
Côté royaume du Rio Pongo
  • + marque du Roi Katty
  • Jean-Jacques Katty
  • + marque de Takoré, chef de Boffa
  • + marque d'Ali de Thiâ

Commandant du Rio Pongo : L. Cartou.

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Galerie photographique

La Paroisse Saint-Joseph de Boffa

La doyenne des paroisses catholiques de Guinée — fondée le 17 juin 1877 · Église actuelle construite en 1934 (D.O.M + MCMXXXIV)

Façade principale Saint-Joseph de Boffa
Façade principale
Portail bordeaux, croix et arcs en latérite rouge
Vue aérienne
Vue aérienne
La mission entourée de végétation
Façade latérale
Façade latérale · le clocher
D.O.M MCMXXXIV
D.O.M + MCMXXXIV
Inscription gravée · 1934
Le clocher entre les palmiers
Le clocher entre les palmiers
La nef
Intérieur · La nef
Les arcs en brique, les bancs en bois et l'autel Saint-Joseph
L'autel Saint-Joseph
Intérieur · L'autel
Saint-Joseph — patron de la mission

Paroisse Saint-Joseph de Boffa · La doyenne des paroisses catholiques de Guinée

Archives historiques

L'arrivée des Spiritains au Rio Pongo

Photographies d'archives de la Congrégation du Saint-Esprit (C.S.Sp.) — Père Gérard Vieira, Sous le signe du laïcat, l'Église catholique en Guinée

Barque de débarquement au Rio Pongo
Archives C.S.Sp.
Débarquement des missionnaires au Rio Pongo, Boffa
Embarcation missionnaire
Archives C.S.Sp.
Embarcation missionnaire sur le Rio Pongo — fin XIXe siècle
Mgr Raymond Lerouge
Portrait d'archives
Mgr Raymond Lerouge · 1er Vicaire Apostolique · 1920–1949
Mgr Raymond-Marie Tchidimbo
Portrait officiel
Mgr R.-M. Tchidimbo · 1er Archevêque guinéen · 1962–1979
🖼
[ Photo à intégrer ]
1890 — 1894 · L'enracinement à Conakry

L'installation à Conakry

Du Rio Pongo à la capitale — les Spiritains fondent la mission Sainte-Marie de Conakry

24 janvier 1890
L'ordre de mission
Lettre du Père Emonet, Supérieur général des Spiritains
à Mgr Barthet, Vicaire apostolique de Sénégambie

« Dites au Père Raimbault, en réponse à sa lettre du 04 janvier, qu'il doit donner suite à ce qui a été convenu pendant qu'il était en France, c'est-à-dire se rendre aussitôt que possible à Conakry pour y jeter les fondements d'une bonne station. »

8 février 1890
Arrivée à Conakry

Le Père Raimbault arrive à Conakry le 8 février 1890, à bord d'un aviso français. Tout le monde à Conakry fut heureux de l'arrivée du missionnaire.

1891 — Les épreuves
Maladie · Départ · Fermeture provisoire

Le 9 mars 1891, gravement éprouvé par la maladie, le Père Raimbault s'embarque sur le « Mandingue » pour regagner la France. Le jeune Père Erhardt, qui l'assistait, reçoit l'ordre du Père Blanchet de rejoindre Boffa avec les enfants déjà baptisés.

Le départ du Père et la fermeture de la mission provoquent une forte émotion à Conakry. Mais la mission ne restera pas longtemps abandonnée.

À Noël 1891, les Pères Raimbault et Féger rembarquent pour Conakry.
1892 — 1893
Renforcement de la communauté

La communauté spiritaine de Conakry se renforce. Le Père frère Gildas Collet, de la Maison Mère, s'embarque le 25 juin 1892 à Marseille. Le Père Joguet, arrivé à Freetown depuis octobre 1891, rejoint lui aussi la communauté de Sainte-Marie de Conakry.

Après le départ définitif du Père Raimbault, épuisé par la maladie et le travail, le Père Féger devient supérieur de la communauté et de la mission.

Premier ouvrage : la chapelle

Le premier travail à réaliser, c'est une chapelle. Elle est construite en 1893 et inaugurée à la fête du Sacré Cœur de Marie, au mois d'août.

Octobre 1894
✝ Consolidation de la mission

Après son congé en France, le Père Lorber — ancien supérieur à Freetown et administrateur de la mission de Sierra-Leone — reçoit son obédience pour Conakry et y arrive en octobre 1894. Le Père Édouard Kuntzmann, qui était déjà son assistant en Sierra Leone en 1893, vient le seconder.

Supérieur de la mission
Père Lorber
Assistant
Père Édouard Kuntzmann
Mission
Sainte-Marie de Conakry
24 décembre 1893 · L'événement de l'année

La venue des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny

Un hôpital, une école, un orphelinat — et le prix du dévouement héroïque

L'initiative du gouverneur Ballay

Depuis son arrivée, le Docteur Ballay avait eu l'idée de faire venir des religieuses pour tenir l'hôpital de Conakry. Les démarches sont faites auprès des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Le Conseil d'administration de la colonie vote un crédit de 35.000 francs pour la construction de leur maison et alloue 3 300 francs annuels pour l'entretien de deux Sœurs hospitalières.

La veille de Noël, les trois premières Sœurs arrivent en plein chantier. Elles débarquent le 24 décembre 1893, chargées de deux missions : tenir l'hôpital — à la charge du gouvernement — et ouvrir une école de filles — à la charge de la Mission.

Le témoignage des Sœurs

« Le 24 décembre 1893, nous débarquions à Conakry pour y établir un hôpital et une école de filles. À notre arrivée, la maison destinée à l'école n'était pas même commencée, mais M. le gouverneur se montra très bienveillant et nous permit de loger toutes à l'hôpital. »

Sœurs Rosine, Félix et Othilie — premières Sœurs de Cluny à Conakry

🏥 L'hôpital

Ouvert le 7 février 1894 à l'arrivée des premiers malades. Trois à quatre malades en moyenne la première année, nombre élevé vu le peu d'Européens. Le climat si mauvais qu'un employé vient deux ou trois fois par an refaire sa santé. Une chapelle y est vite installée à la demande du gouverneur.

📚 L'école de filles

Classes ouvertes dès l'arrivée dans un local prêté par le gouverneur. Une vingtaine d'externes ne venant pas toujours régulièrement. Les orphelines — une trentaine — donnent plus de satisfaction. Instruction et travaux manuels : couture, lavage, repassage, confection du linge de la Mission et de l'hôpital. Les Sœurs ont à leur charge le blanchissage et l'entretien du linge de la mission, de l'hôpital et les commandes du gouvernement — M. le gouverneur tenant à habituer les orphelines à ce genre de travail.

🏠 L'orphelinat

Depuis octobre 1894, les Sœurs habitent la nouvelle maison construite par les Pères, à proximité de la mission. L'orphelinat accueille une trentaine d'enfants. Leurs ressources limitées les empêchent d'en recevoir davantage. À terme, l'ouvroir doit leur permettre d'en accueillir plus.

Le sceau de la croix

Les épreuves — Maladies et deuils

Dès les premiers mois, la petite communauté est frappée par les maladies. Une première Sœur, gravement atteinte, doit rentrer en France. Sa remplaçante tombe aussi. Toutes deux, à peine arrivées à Bordeaux, « prirent leur essor vers le ciel à deux jours d'intervalle ». La communauté est consternée.

Un renfort de trois Sœurs arrive fin octobre 1895. Mais un mois plus tard, le drame survient de nouveau : le 21 novembre 1895, Sœur Othilie est « prise subitement d'un accès pernicieux » qui l'emporte après sept jours de grandes souffrances.

In memoriam

Sœur Othilie de Jésus Tyrode

Née le 13 juin 1870 dans le Doubs · ✝ 21 novembre 1895 · 25 ans

« Cette chère Sœur avait partagé toutes les peines de la fondation ; elle s'était dévouée jusqu'à l'héroïsme ; elle seule, avec notre Mère supérieure, avait pu soutenir les grandes fatigues de nos commencements. »

« Après une telle épreuve, bien triste et bien réduite était notre petite communauté ; cependant, il fallait, malgré tout, soutenir nos œuvres ; nous ne perdîmes pas courage, car le secours d'en haut ne nous fit jamais défaut. »

La croissance malgré tout

Depuis février 1896, l'arrivée de la troupe à Conakry porte le nombre de malades à 14-15, nécessitant une Sœur supplémentaire. Les œuvres se développent de manière satisfaisante. La colonie prend de l'extension, l'hôpital s'en ressent.

Les visites épiscopales

Conakry n'ayant pas encore d'évêque, les Sœurs accueillent avec joie les prélats de passage : Mgr Augouard (juillet 1894, janvier 1895), Mgr Carrié (janvier 1896) et Mgr Le Roy (30 mars 1896) — venant respectivement du Congo, de Loango et du Gabon.

Figure fondatrice · 1920 — 1949
Mgr Raymond Lerouge
Photo d'archives
Succession apostolique
Préfet Apostolique : 1911–1920
Vicaire Apostolique : 1920–1949

S.E. Mgr Raymond Lerouge

Premier Vicaire Apostolique de Guinée · Spiritain

Figure majeure de l'histoire de l'Église catholique en Guinée, le Père Raymond Lerouge, de la Congrégation du Saint-Esprit, est d'abord nommé Préfet Apostolique de Guinée de 1911 à 1920, puis élevé à la dignité de Vicaire Apostolique — premier évêque résidant en Guinée — fonction qu'il exercera jusqu'en 1949, soit près de quarante ans de présence missionnaire.

Préfet Apostolique
1911 – 1920
Vicaire Apostolique
1920 – 1949
Congrégation
Spiritains — C.S.Sp.
1915 — 1921 · Une première dans l'histoire de l'Église en Guinée

La Congrégation des Petites Sœurs de Notre-Dame de Guinée

La première congrégation religieuse féminine indigène de Guinée — fondée en 1921 par Mgr Lerouge

L'idée naît dans le cœur d'une jeune fille

C'est dans l'orphelinat des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny à Conakry que germe l'idée. Vers 1915, une jeune fille formée par les Sœurs confie à son Directeur qu'elle veut « rester dans la maison, ne point se marier, faire comme elles ». Ces mots nous sont rapportés dans les annales spiritaines.

L'idée mûrit lentement. D'autres se présentent. On temporise. Jusqu'au jour où la jeune fille, lassée des délais, prend sur elle d'aller frapper directement à la porte de l'évêque : si Mgr Lerouge ne fonde pas une congrégation pour lui permettre de se donner à Dieu, elle ira au Sénégal.

« Huit jours plus tard, la fondation d'une Société de Sœurs indigènes était arrêtée. »

La fondation par Mgr Lerouge

En juillet 1919, avant son départ pour le Chapitre général en France, Mgr Lerouge impose l'habit à la première postulante. En France, il rédige les Constitutions de la nouvelle congrégation et demande à Rome l'autorisation d'ériger un noviciat à Conakry, sous la direction d'une Religieuse de Saint-Joseph.

Un an plus tard, le 6 janvier 1920, il reçoit les vœux de la première religieuse indigène de Guinée, qui prend le nom de Sœur Thérèse de Sainte-Marie. Puis le 6 janvier 1921, elle prononce ses premiers vœux, accompagnée d'une compagne qui prend l'habit à son tour.

Mgr Lerouge, avec humour

« Laissons faire les femmes ! »

1915
La graine

Une jeune fille de l'orphelinat exprime sa vocation pour la première fois

Juil. 1919
L'habit

Mgr Lerouge impose l'habit à la première postulante avant son départ pour la France

6 jan. 1920
Les vœux

Première religieuse indigène de Guinée — Sœur Thérèse de Sainte-Marie

6 jan. 1921
La fondation officielle

Premiers vœux solennels · naissance officielle de la Congrégation

L'habit religieux

Robe en peignoir blanc crème avec cordon bleu, crucifix suspendu par un cordonnet de même couleur, mantelet blanc crème sur les épaules, guimpe blanche et voile blanc. Sandales indigènes, bas uniquement le dimanche. Mgr Lerouge s'était réservé le choix du costume.

Mission & vocation

But : l'apostolat sous toutes ses formes, surtout dans les missions de l'intérieur. Tout en ayant leur autonomie religieuse, les Petites Sœurs restent, pour les œuvres, sous la gouverne des Sœurs de Saint-Joseph.

« Puisse cet humble institut faire prochainement le pendant d'un groupement de séminaristes et de frères indigènes ! »
— Gérard VIEIRA, Sous le signe du laïcat, Tome I

1921 — 1924 · Une autre première de Mgr Lerouge

Le Séminaire de Dixinn

Former un clergé guinéen — la vision de Mgr Lerouge bien avant l'encyclique pontificale

Le mandat de l'Église universelle
23 novembre 1845 — Sacrée Congrégation de la Propagande

Obligation faite à tous les Préfets et Vicaires Apostoliques de créer des séminaires pour la formation d'un clergé indigène — signe de la confiance placée dans toutes les races du monde.

Pape Pie XI — Encyclique Rerum Ecclesiae

« Regardez-les comme les chefs à venir de ces Églises fondées par vos sueurs et vos travaux. Comme aux premiers siècles, le clergé indigène doit être en tout, égal au clergé étranger. »

1er décembre 1921
Lettre de remerciement

Dans une lettre datée du 1er décembre 1921, Mgr Lerouge remercie le cardinal Préfet de la Propagande pour un don destiné à terminer les travaux de construction et d'installation du séminaire de Dixinn. La preuve qu'il n'a pas attendu l'encyclique pontificale pour agir.

1923
Acquisition du terrain

Le projet se précise. Mgr Lerouge achète la concession de Dixinn, quartier de Conakry où sera édifié le séminaire. Un terrain choisi, une vision ancrée dans le sol guinéen.

14 avril 1924
✝ Ouverture du séminaire
Lettre de Mgr Lerouge à Mgr Le Roy · 14 avril 1924

« J'ai commencé cette année mon séminaire avec 5 latinisants et mes petites sœurs indigènes sont elles aussi, 5. »

Une phrase sobre qui résume deux fondations simultanées et complémentaires : 5 futurs prêtres au séminaire de Dixinn, 5 futures religieuses dans la congrégation des Petites Sœurs — les deux premières fleurs d'un clergé et d'une vie consacrée véritablement guinéens.

Le fruit du Séminaire de Dixinn
L'Abbé Guillaume Pathé, juin 1935, après les Ordres mineurs
Juin 1935
Après les Ordres mineurs
Archives C.S.Sp.
Photo originale tampon
Maison Mère Spiritains

L'Abbé Guillaume Pathé — Premier prêtre guinéen

« Le Seigneur a voulu que je sois la première pierre spirituelle de notre chère Église de Guinée. »

15 mai 1938
Ordination diaconale
L'Abbé Guillaume Pathé devient diacre
10 décembre 1939
Ordination presbytérale
Premier prêtre guinéen — Séminaire de Dixinn
Séminaire-Dixinn, le 20 décembre 1939

Monseigneur,

Je vous faisais part, il y a quelques mois, de mon élévation prochaine à la prêtrise. Aujourd'hui ce vœu est exaucé ; je suis prêtre depuis une semaine. Malgré mon indignité, le Seigneur a voulu que je sois la première pierre spirituelle de notre chère Église de Guinée.

Oui, Monseigneur, le Divin Maître n'est-il pas appelé aussi à régner en maître sur notre pays ? J'entends comme réponse : Oportet illum regnare... c'est ce cri de ralliement que voulut exprimer le Vénérable Père, quand de la terre sa belle âme s'envolait au ciel : pauvre Guinée !

Ma joie ne peut être que grande, Monseigneur, quand je considère cette immense grâce que le Ciel vient de me donner. Puisqu'il daigne me faire ministre du Christ auprès de mes compatriotes, ma plus grande préoccupation, mon plus grand devoir sera donc de me montrer à tout instant et en tout lieu digne de cette sublime mission.

Enfin je vous remercie, Monseigneur, du don que votre bonté paternelle voudrait encore m'envoyer par l'intermédiaire de notre évêque vénéré. Ainsi avec cette somme, je pourrais me procurer un bon et solide vélo pour le ministère.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments dévoués en Notre Seigneur.

G. Pathé, prêtre

À Mgr Le Hunsec · Supérieur général des Spiritains · 20 décembre 1939

La lettre de l'Abbé Pathé à Mgr Le Hunsec témoigne à la fois de la profondeur spirituelle du premier prêtre guinéen et de sa simplicité évangélique — demander un vélo pour aller visiter ses compatriotes.

📖

Le séminaire de Dixinn est l'ancêtre direct du Grand Séminaire Benoît XVI de Kendoumayah. Source : Gérard VIEIRA, Sous le signe du laïcat, l'Église catholique en Guinée, Tome II (1925–1958).

Chronologie

Les grandes étapes

1875
–1877
Fondation
Première mission catholique à Boffa

Dès 1875, le Père Gommenginger prospecte le Rio Pongo. Le Père Muller commence les travaux. Le 17 juin 1877, la chapelle Saint-Joseph est bénie solennellement.

1878
Traité
Don du terrain — Traité avec le Roi du Rio Pongo

Le roi John Katty cède à perpétuité un terrain à la Mission catholique. Les articles IV et V officialisent le don et en définissent les limites précises.

1890
Expansion
Développement des premières missions

Les Spiritains étendent leur présence au-delà de Boffa. Création de nouvelles stations missionnaires, développement de l'enseignement et des dispensaires.

1897
Préfecture
Création de la Préfecture apostolique

Le R.P. Auguste Lorber est nommé premier Préfet Apostolique de Guinée (1897-1899), marquant l'institutionnalisation de la présence catholique.

1955
Archidiocèse
Création de l'Archidiocèse de Conakry

Mgr Gérard De Milleville devient le premier Archevêque de Conakry (1955-1961), consacrant l'élévation au rang de siège archiépiscopal.

1961
Africanisation
Premier Archevêque guinéen

Mgr Raymond-Marie Tchidimbo devient le premier prélat africain guinéen. Il résistera courageusement au régime de Sékou Touré, emprisonné de 1971 à 1979.

1984
Renouveau
Après la mort de Sékou Touré

La mort du président Sékou Touré ouvre une ère nouvelle pour l'Église de Guinée. Reconstruction des institutions, renouveau des vocations et développement pastoral.

2008
Crise
L'Église, voix de la paix

Lors des crises politiques successives, Mgr Vincent Coulibaly s'impose comme une voix indépendante. Il co-préside la Commission nationale de réconciliation.

2026
Aujourd'hui
Mgr François Sylla — Un nouveau souffle

Le 26 février 2026, Mgr François Sylla devient 5e Archevêque Métropolitain de Conakry, passant de Coadjuteur à Archevêque titulaire. Sa prise de possession canonique a eu lieu le 9 mai 2026, lors d'une messe présidée par le Cardinal Robert Sarah. Nommé coadjuteur par le pape François le 11 mai 2024, il succède à Mgr Vincent Coulibaly dont la démission a été acceptée par le pape Léon XIV.

Sources historiques

Bibliographie

I
Sous le signe du laïcat — L'Église catholique en Guinée · Tome I
Période : 1875 – 1925
Gérard VIEIRA
II
Sous le signe du laïcat — L'Église catholique en Guinée · Tome II
Le temps des prémices · Période : 1925 – 1958
Gérard VIEIRA
III
L'Église catholique en Guinée à l'épreuve de Sékou Touré
Période : 1958 – 1984
Gérard VIEIRA
III
L'Église catholique en Guinée à l'épreuve de Sékou Touré
Période : 1958 – 1984
Gérard VIEIRA

Toutes les informations historiques présentées sur cette page sont tirées exclusivement de ces trois ouvrages.